Les sports improbables : underwater rugby, chess boxing… WTF

Les sports improbables : underwater rugby, chess boxing… WTF

Quels sont les sports les plus improbables ?

Soyons sérieux, la fantaisie n’existe pas et l’absurde est partout. Simple affaire de jugement à géométrie variable. En matière de sport comme en d’autres domaines. Est-il plus ridicule de courir après un molosse en short tenant un ballon ovale dans le but de le renverser pour lui reprendre le cuir (rugby), ou de tenter de taper dans une petite balle à vélo (bike polo) ? Est-il vraiment plus raisonnable de tourner groupés, en voiture, des heures à toute blinde autour d’un anneau de vitesse (indycar), ou de le faire en patin (roller derby) ? Pourquoi l’incompréhensible keirin et le domestique curling sont-ils plus légitimement disciplines olympiques que le quidditch, qui a quitté les pages de Harry Potter pour s’inscrire dans la vie réelle ? Spysports s’interroge le plus sérieusement du monde et vous présente quelques-uns des sports encore injustement considérés comme improbables et généralement traités par les médias sur le mode du lol…

Qu’importent les débats de polémistes entre ceux qui en attribuent la paternité à l’Égypte la plus ancienne et ceux qui le considèrent comme endémique de la Grèce antique, le sport irrigue nos sociétés depuis la nuit des temps. Il est à la fois loisir et objet de compétition, arme politique et prétexte cathartique, enjeu économique et activité distinctive. S’exprimant sous toutes les formes pour peu qu’elles intègrent une activité physique et/ou cérébrale ainsi que des règles, le sport s’articule, comme nombre de domaines, autour de phénomènes de mode et de contextes sociétaux. Il a ses penchants jugés nobles ou populaires, ses élites, ses aristocraties, comme ses minorités les plus diverses et se pare d’attraits nouveaux au gré des époques et contours de sociétés. Quand le Jeu de Paume fut le sport le plus populaire au XVe siècle, c’est aujourd’hui le football qui monopolise la plus grande attention des masses, après que le tennis, sport pourtant élitiste par essence, participa à sortir la pratique sportive des enclaves aristocratiques pour l’amener sur les littoraux.

Nous sommes ici encore dans ce monde branloire pérenne, où les valeurs d’un jour paraissent absurdes le lendemain et où la popularité ne répond pas toujours à la logique. On dit aujourd’hui le football universel parce qu’il se joue partout, avec des règles relativement simples et la seule nécessité d’un ballon. Est-ce si évident ? Après tout, le rugby, sport encore timide à l’échelle mondiale, se joue lui-aussi avec un ballon. Après tout, les Indiens, qui représentent presque un cinquième de la population mondiale, férus de cricket, de hockey sur gazon et de badminton font preuve d’un intérêt très limité pour le ballon rond, tandis que les Américains peinent à s’y convertir. Et que dire des Australiens qui ne jurent que par le aussie rules (foot australien sans grand rapport avec le soccer), le netball, le softball et le rugby à XIII, autant de disciplines confidentielles qui seraient vues chez nous comme appartenant à cette fameuse catégorie des sports improbables dont nous allons traiter ici et qui s’attirent tant de moqueries autant qu’ils font passer leurs pratiquants pour de doux dingues (enfin doux, pas toujours selon les sports considérés).

Bref, qu’importe leur popularité, tous les sports, dans leur pratique contemporaine, s’appuient sur nombre de fondamentaux communs et pourraient bénéficier de la même considération, les plus improbables d’entre-eux pouvant même se targuer d’échapper aux travers du sport business et de conserver les valeurs éducatives et d’épanouissement qui furent vantées et redécouvertes à partir de la Renaissance. Il est par ailleurs amusant de constater, à l’échelle nationale, qu’à l’exception du football et du tennis qui tiennent le haut du pavé, les sports français les plus populaires en nombre de licenciés, ne sont pas ceux qui bénéficient des plus grandes faveurs médiatiques. Qui imaginerait que le badminton (encore), la pétanque ou le canoë-kayak figurent parmi eux ?

Il en est du sport comme parfois des religions : les plus communes d’une époque devenant des piliers admis des sociétés où elles sont prédominantes, les moins en cours du moment étant rangées au rang de sectes, sans qu’il soit toujours possible (la nuance est de taille) de très bien argumenter quant au placement du curseur matériel entre les deux catégories. En d’autres termes, pour leurs pratiquants, comme pour leur public, les sports chelous ou improbables, c’est du sérieux, même si leur connaissance échappe au public et leurs règles n’épousent pas les standards d’une époque déterminée. Quoiqu’il en soit, ces sports sont tellement nombreux qu’il serait vain d’en dresser un panorama exhaustif. Nous en avons sélectionné huit, pour le simple plaisir de la découverte.

 

Le chess boxing

Dans les années soixante / soixante-dix, le dessinateur de bande dessinée Enki Bilal devait être un féru téléspectateur des programmes de l’ORTF. Ainsi, il est à peu près certain que l’une des émissions phares du service public de l’audiovisuelle de l’époque ne sut échapper à la vigilance du fils du tailleur du Maréchal Tito, qui allait en proposer une déclinaison stylisée dans son album Froid Équateur. Nous pensons bien entendu au mythique La tête et les jambes, créé par Jacques Antoine et animé d’un timbre de maître par l’inoxydable Pierre Bellemare, qui voyait s’affronter deux binômes de candidats, composés d’un sportif aguerri et d’un intellectuel de haut vol, dans des joutes où épreuves de culture (très pointues) succédaient à des confrontations physiques, tenant en haleine des millions de téléspectateurs médusés. C’est d’ailleurs dans une déclinaison de ce programme intitulé Cavalier seul, où un seul candidat figurait la tête et les jambes, que le futur Premier Ministre Laurent Fabius fit ses débuts médiatiques en remportant le jeu.

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De cette combinaison d’excellence neuronale et de gonflement de biceps, Bilal, donc, donna plus tard sa version en imaginant deux combattants s’affrontant alternativement autour d’un échiquier et sur un ring de boxe. Ainsi naquit le principe du Chess Boxing, devenu sport réel en l’année 2003, quand un performeur néerlandais dénommé Iepe Rubingh organisa et gagna un premier combat contre un certain Jean-Louis Veenstra, dans un happening resté dans les annales.

Désormais doté d’une fédération officielle, la World Chess Boxing Association, de nombreux clubs et championnats divers, ce sport hybride a très vite connu un vif succès dans cette frange de l’avant-garde artistique adepte de l’effort physique, particulièrement en Angleterre, au Benelux et en Allemagne. Il est aujourd’hui pratiqué dans le monde entier, de Londres à Bombay (une très sérieuse fédération indienne ayant vu le jour il y a peu). Seule la France a traîné les pieds, le chess boxing venant tout juste d’y faire ses premières incursions, notamment à la très select maison Artcurial et au 104 à Paris, loin des rings traditionnels.

Si les règles du chess boxing reprennent les fondamentaux des deux sports qui le composent, il obéit à ses propres règles, fondées sur l’alternance des deux activités, en s’offrant la possibilité d’un vainqueur tantôt plus doué sur le damier, tantôt plus éclairé dans la pratique du noble art. Ainsi, le déroulement d’une partie voit se succéder, en alternance, six rounds de quatre minutes devant l’échiquier et 5 rounds de boxe de 3 minutes. Le gagnant sera soit celui qui aura terrassé son adversaire à la boxe (que ce soit par KO, abandon ou arrêt de l’arbitre), soit celui qui sera parvenu à mettre son opposant échec et mat ou l’aura poussé à une trop grande réflexion dans le temps imparti pour déplacer ses pièces. On se trouve donc devant une discipline aussi exigeante physiquement que mentalement, dont la stratégie est la clef. Un protagoniste plus porté sur les échecs tentera de parer les coups avant de retrouver l’échiquier, tandis qu’un authentique boxeur cherchera à profiter des premiers rounds pour terrasser son antagoniste ou amoindrir sa réflexion à force de crochets. Un tel sport peut paraître étrange à première vue, il n’en reste pas moins parmi les plus complets qui puissent s’imaginer et requiert les qualités qui se rapprochent le plus de l’idéal du Mens sana in corpore sano de Juvénal, tel qu’il fut compris à la Renaissance.

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Le roller derby

Des filles qui patinent en mini-short avec des surnoms marrants. La tentation était trop forte, les médias n’ont pu résister et se sont engouffrés dans la brèche. On n’y comprend rien, mais on s’en fout, matez-moi ça ! Un peu léger pour décrire la réalité du Roller Derby. Dépassons l’image « girl power » totalement éculée pour nous intéresser à ce qu’est réellement le Derby : un sport ! Un sport de contact et d’endurance ! Mélangez une pincée de football américain, un zeste de rugby, une louche de keirin avec un chouïa de hockey sur glace, secouez le shaker ; vous obtiendrez un cocktail détonnant appelé Roller Derby ! Défiant les lois de la synthèse, nous allons tenter de vous expliquer rapidement de quoi il retourne. Le Roller Derby met aux prises 14 joueuses durant deux périodes de 30 minutes sur une piste ovale (soit incurvée, soit plate). Le jeu est fractionné en jam, séquences de 2 min, lors desquelles les jammeuses et leurs coéquipières luttent pour inscrire des points. Sur la piste, chaque équipe est représentée par une jammeuse, un pivot et trois bloqueuses. Le pivot et les trois bloqueuses forment un pack, qui ne doit pas se désolidariser. Les joueuses s’élancent sur la piste, et lorsque la dernière bloqueuse passe la ligne, la jammeuse qui franchit la ligne d’arrivée en premier obtient le lead pour son équipe, c’est-à-dire la possibilité de marquer des points. Pour ce faire, elle doit dépasser ses adversaires. À chaque adversaire dépassé, un point est marqué. À raison de 5 points par jam, les scores peuvent atteindre les 200 points.

Pour agrémenter le tout, il existe tout un arsenal de pénalités, mineures ou majeures, qui viennent sanctionner les obstructions illicites envers la jammeuse de l’équipe adverse. Cette course en roller répond à une codification particulière pour certaines joueuses. Le casque de la jammeuse possède une étoile quand une bande recouvre le casque du pivot. À part ça, les autres joueuses choisissent librement leur surnom et leur numéro, avec pour seule obligation l’inscription du numéro sur le bras et dans le dos de chaque joueuse. Par mimétisme avec leurs consœurs américaines, les joueuses françaises s’habillent également de façon sexy et font preuve d’une imagination débordante au moment de choisir leur pseudo… Voila la théorie. En résumé, comme dans tout sport américain, une kyrielle de règles rend l’apprentissage et la compréhension difficile. Pour preuve de l’intensité de ce sport, pas moins de 20 arbitres peuvent être utilisés pendant un match ! Et pour cause ! Les deux équipes présentes sur la piste dosent l’intensité de leur patinage, coordonnent leur système de défense et d’attaque, (les bloqueuses tentent de dégager la voie à leur jammeuse tout en tentant de bloquer la jammeuse adverse) le tout en évitant de se mettre à la faute.

Si le physique ne suit pas, les joueuses perdent en lucidité, multiplient les fautes et iront s’asseoir temporairement sur le banc des pénalités. Pendant ce temps, un point sera marqué à chaque fois que la jammeuse lead passera devant elles. L’intensité de ce sport est quasiment sans égal puisque les stratégies d’attaque et de défense sont utilisées simultanément ce qui nécessite une cohésion et un esprit d’équipe très développé. Vous êtes convaincus ? La FIRS, Fédération International de Roller Sport, oui ; puisqu’elle reconnaît officiellement le Roller Derby, à la fin de l’année 2010. Motivation, endurance, esprit d’équipe, bonne humeur, voila les clés de la réussite du Derby !

Le biathlon de tank

Quel sport pourrait ne pas exister ? Si l’on réfléchit quelques secondes, n’importe quelle expérience de pensée peut devenir réalité quand il s’agit de compétition. Il suffit alors qu’un organisme, une association ou un État finisse par se dire que, oui, telle ou telle idée, finalement, pourrait être bonne et organise la première compétition. Dès que l’on trouve cette alliance de règles, de challenge et de concurrents, il y a sport. Cela dit, il est beaucoup plus simple de transformer des sports déjà existant plutôt que d’en inventer de nouveaux. C’est bien souvent par les ramifications apportées par les traditions, les cultures ou les écoles que les sports se diversifient et finissent par s’émanciper, quand leurs règles n’ont plus grand chose à voir avec celles de leur plus lointain héritier.

Si l’on prend le biathlon par exemple, les possibilités sont nombreuses. Après tout, réduite à sa plus simple expression, en quoi consiste cette épreuve hivernale ? Il s’agit de faire une course en ski, un fusil de précision à l’épaule prêt à se coucher sur une paillasse, à dégainer et à faire feu sur des cibles. Selon les règles et les époques, une pénalité est prononcée si la cible est manquée par le tireur : cela peut être des secondes de malus pendant un relais, ou des mètres en plus à parcourir pendant une course. Mais au fond, si l’on réduit encore, qu’est-ce qui reste du biathlon ? Des concurrents qui se déplacent d’un point A à un point B, équipés d’armes servant à dégommer des cibles. À partir de là, tous les paramètres sont modifiables.

Historiquement, il semblerait que les chercheurs aient retrouvé des représentations de Vikings équipés de skis et d’arcs, équipement idéal pour la chasse ou la guerre dans les terrains enneigés. Ce qui est sûr, c’est que ce sport est un entraînement militaire et comme tout entraînement militaire, il peut être le symbole d’une puissance. Dès lors, à l’ère de la mécanisation absolue des troupes, sans parler encore des drones, le biathlon de tank étonne, mais ne surprend pas. On se dit qu’on aurait pu y penser : les Russes, eux, l’ont fait. À l’été 2013, le premier championnat de Biathlon de tank a opposé la Russie au Kazakhstan, à l’Arménie et à la Biélorussie. Les règles ne bougent pas : les tanks aux couleurs arc-en-ciel doivent parcourir le plus rapidement possible 10 kilomètres de terrain accidenté et shooter des cibles situées entre 1 500 et 1 800 mètres au canon, à 600 mètres à la mitrailleuse et à 1200 mètres à l’aide d’une mitrailleuse anti-aérienne. Badass. Une cible manquée oblige l’équipe d’artilleurs à parcourir des kilomètres en plus.

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Ce qui est intéressant, c’est que la philosophie derrière cette discipline n’a pas bougé par rapport au canon : tout cela reste une démonstration de force et de maîtrise de l’armement moderne. Le biathlon de tank s’enferme d’ailleurs dans le cadre de l’armée et pourrait inspirer d’autres corps : pourquoi ne pas reproduire ce principe avec des chasseurs, des croiseurs ou des drones ?  Après le succès de ce premier championnat, remporté évidemment par la Russie, les pays qui l’ont inauguré seront rejoints l’année prochaine par l’Allemagne, l’Italie… et les États-Unis. À défaut de neige, il y aura donc un parfum de guerre froide : entre ce biathlon et un conflit, finalement, tout n’est qu’une question de cible.

Le quidditch (moldu)

Le quidditch est un sport presque unique dans les annales, par son origine littéraire. Échappé de la série Harry Potter de J. K. Rowling, il a dérogé aux règles de l’original, du fait de la contrariante inexistence des sorciers se baladant à califourchon sur d’antiques balais. D’où le qualificatif moldu qui signifie justement « non-sorcier » dans la sémantique potterienne. Mais il faut bien reconnaître que les parties endiablées mettant aux prises les aériens artistes du souaffle (nom de la balle utilisée dans le jeu) ont de quoi enflammer l’imaginaire et explique la tentation de la transcription dans le réel.

Sans entrer dans les détails de règles très complexes, nous rappellerons qu’il s’agit d’un sport de balle voyant s’affronter deux équipes de sept joueurs, composées d’un gardien, de trois poursuiveurs chargés de faire passer la balle dans un trio de cerceaux, de deux batteurs devant toucher les adversaires pour les éliminer provisoirement et d’un attrapeur, dont la mission consiste à prendre le vif d’or, figuré par une balle de tennis dans une chaussette portée par un joueur neutre cherchant à échapper à tous les autres. Ouf ! Jusque-là, tout va bien.

La chose se corse quand on considère, fidèlement à la légende de Poudlard, que chaque joueur évolue avec… un balai entre les jambes, ce qui constitue le meilleur moyen d’entraver la marche et plus encore la course. De fait le quidditch s’avère une discipline des plus éprouvantes physiquement, les matchs ayant une durée variable, en fonction des circonstances, qui peuvent dépasser l’heure et mettre littéralement les participants sur les rotules. Il est à noter que ce sport, loin de se conformer aux racines britanniques des romans, est presque exclusivement joué aux USA (dans les collèges), les européens étant essentiellement représentés par… la France. Ainsi, le championnat du monde organisé dernièrement en Floride, galvaude-t-il davantage son nom que la discipline l’appellation de sport.

Derrière l’aura de sympathie qui entoure cette activité, d’une exceptionnelle exigence physique, c’est définitivement son essence littéraire qui en fait tout le sel, rappelant combien la fiction peut être source d’inspiration pour le réel autant que l’inverse. Cette question de l’imaginaire engendrant le concret fera d’ailleurs l’objet d’un prochain dossier dans ces colonnes, qui se nichera bien, contre toute attente, dans la rubrique sport. Mais par-delà la notion de sport, la pénétration de l’œuvre de J. K. Rowling, ainsi que ses nombreux avatars, on apprend beaucoup sur les diverses formes de réactions paradoxales aux caractéristiques de nos sociétés actuelles. D’un côté la soif de merveilleux vient tenter d’estomper l’aspect absurdement concret de notre époque toute entière tendue vers la quête du progrès matériel, de l’autre, l’adaptation au réel du sport issu du conte, participe à installer l’esprit de compétition jusque dans une référence au merveilleux.

L’underwater Rugby

Lorsqu’un membre du club de plongée de Cologne, sûrement lassé par l’extrême routine de ses  entraînements, décida de mettre un peu d’épice dans son quotidien de sportif en ajoutant une balle remplie d’eau salée à ses exercices aquatiques, il ne s’attendait sûrement pas à créer un nouveau sport. Pourtant, ce fut le cas.

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Nous sommes en 1961 et le dénommé Ludwig von Bersuda vient de poser la première pierre de ce qui sera plus tard appelé l’Underwater Rugby.

Exit la pelouse amochée par les diverses mêlées, la ferveur d’un stade plein, les oreilles en choux-fleurs, la tension constante entre les deux camps, le plaisir coupable du spectateur qui insulte l’équipe adverse. Place à la volupté sous-marine et aux amphibiens.

En réalité, l’underwater rugby est l’un des sports dont le nom induit le plus en erreur tant il est éloigné de son lointain cousin. Une partie se déroule de la manière suivante : deux équipes de six joueurs s’affrontent en deux mi-temps de 15 minutes. Contrairement au rugby, le ballon est sphérique, fait la taille d’une balle de handball et – afin de ne pas flotter –  est rempli d’eau salée. Pour marquer, loin des hauts poteaux et des chaudrons enfiévrés du tournois des VI nations, les joueurs doivent déposer le ballon dans un panier se trouvant dans le camp adverse. On aurait finalement pu envisager de nommer ce sport l’Underwater Rugbasket, mais bon… D’ailleurs, encore à l’inverse du rugby, les contacts sont beaucoup moins tolérés et peuvent être sanctionnés par les deux arbitres se trouvant dans l’eau ainsi que par celui qui sévit à la surface.

Côté pratique, le rugby subaquatique est particulièrement apprécié en Europe de l’Est ainsi qu’en Scandinavie et, bien entendu, en Allemagne, d’où ce sport est originaire. En France ce sport n’a jamais connu le succès et fut seulement évoqué par la presse spécialisée dans un court article paru dans l’édition du 9 avril 1965 du journal l’Équipe.

Ce sport est l’un des nombreux qui existe en version underwater, comme le bowling, mais aussi le hockey… évoquons-le tout de suite.

L’underwater Hockey

La légende du hockey sur glace, Wayne Gretzsky disait qu’un bon joueur de hockey joue là où le palet se trouve tandis qu’un très bon joueur joue là où le palet se trouvera. Mais alors, comment qualifier un athlète qui – en plus de réunir les qualités citées préalablement –doit aussi retenir sa respiration en plein effort sportif ? Un joueur lambda de hockey subaquatique, bien sûr.

Comme son nom le laisse entendre, le hockey subaquatique est une déclinaison du hockey traditionnellement joué sur glace, voire sur gazon. Il permet mieux que tout autre de mouiller le maillot (les supporters seront contents).

Ici, les joueurs s’affrontent dans une piscine de 15 m x 25 m, d’une profondeur variant entre 2 et 4 mètres. Les deux équipes se défient durant deux mi-temps de 15 minutes, séparées par une pause de 3 minutes.

Les rosters sont composés de dix joueurs, six dans la piscine et quatre remplaçants qui attendent au bord de la piscine. Ces derniers sont équipés d’un masque, d’un gant en latex, de palmes, d’un tuba, d’un bonnet de bain coloré, d’une petite crosse et se partagent un palet d’environ 1,5 kg.

À la très grande différence du hockey traditionnel, la version subaquatique se veut sans contact et les divers arbitres – dans et hors de l’eau – veillent à la pureté de ce principe dans un sport qui s’exprime à l’occasion d’un championnat du monde se déroulant de manière biennale aux alentours d’avril/mai. Malgré sa faible médiatisation, l’underwater hockey a déjà quelques heures de vol (ou de plongée) et aurait été créé par la marine britannique dans les années cinquante, afin de garder ses plongeurs en forme. Certes peu accessible au niveau de compétition, l’underwater hockey est un sport qui pourrait se révéler comme un véritable ersatz au hockey sur glace, si le réchauffement climatique perdurait…

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Il est à noter qu’une déclinaison plus extrême de ce sport existe, qui se pratique sous la glace !

Le Mölkky

Un nom improbable, des origines insolites, des règles simples et des champions insoupçonnés. Voilà, ce qu’est le Mölkky. Un sport d’origine finlandaise où les Français excellent. Il serait bon de s’arrêter là, mais pourtant ce sport mérite qu’on s’y penche quelques instants.

Sport de précision, le Mölkky n’a qu’une quinzaine d’années d’existence. Réinventé au début des années 1990, il tire son origine d’un ancien jeu finlandais appelé Kyykkä. Le principe est simple et rapidement assimilable : faire tomber des quilles pour atteindre exactement 50 points. Un lanceur se place face à 12 quilles, hautes de 15 cm positionnées en triangle selon un ordre établi. Chaque quille possède un numéro. Pour scorer, chaque équipe lance à tour de rôle un bâton, appelé Mölkky (22,5 cm de long et 5,5 cm de diamètre) vers les quilles. Si une seule quille tombe, l’équipe marque le nombre de points équivalent au numéro de la quille. Or, si plusieurs quilles tombent, c’est leur nombre qui est pris en compte. Concrètement, si 3 quilles chutent, l’équipe ne score que 3 points. Simple. Vous penserez, fort à propos, que cette description ressemble à du bowling joué en plein air. À la différence du bowling où toutes les quilles ont une valeur identique, les quilles du Mölkky rapportent entre 1 et 12 points selon le numéro inscrit sur le dessus de la quille. Autre différence notable, les quilles sont relevées à l’endroit où elles sont tombées. C’est à ce moment où la stratégie rentre en jeu. D’où l’importance de déterminer au préalable la quille à renverser. Le jeu peut donc être à la fois défensif, éloigner une quille que l’adversaire envisage de dégommer, et offensif, choisir la quille avec le plus fort potentiel de points. Ce subtil dosage entre l’attaque et la défense rapproche ce sport de notre bonne vieille pétanque nationale. Dernier point de règlement assez savoureux, si un joueur n’abat aucune quille pendant 3 tours, il est éliminé et regagne piteusement la buvette.

Même si ce sport est en plein développement, les Finlandais et l’éditeur de jeu qui a récupéré le filon Mölkky sont assez laxistes avec les règles. La taille du Mölkky et des quilles sont réglementées à la différence de… tous les autres éléments du jeu. Taille du terrain, surface, distance initiale entre le lanceur et les quilles sont laissées à l’appréciation des compétiteurs. Par ailleurs, les Finlandais ont inventé une toute mystérieuse sémantique autour du Mölkky. Pour résumer, un mölvästi peut rapidement möllöttää et devenir mölkähtää. C’est bon, vous avez ? Pour les amateurs, la très sérieuse Fédération française de Mölkky vient d’annoncer, ce vendredi 6 septembre, la tenue de l’Open de France 2014 à Craon. À vos GPS et à votre Mölkky !

Le bike polo

Quand on pense polo, on imagine tout de suite la noblesse sur un cheval tentant de frapper avec grâce et doigté une petite balle — les spectateurs, eux, sont déguisés en militant UMP, pantalon en lin-commerce-équitable, chaussures bateau, chemise bleu azur cintrée et bien entendu, un polo rose pâle, noué autour du cou. Si l’on connaît un peu l’histoire de ce sport, on peut aussi penser aux princes perses puis iraniens, pratiquant le polo depuis le Moyen Âge occidental. Le succès de la discipline pour ces fiers cavaliers est tel qu’il s’étendit à une époque du royaume perse à l’intégralité de l’Asie, jusqu’au Japon. Et pour cause : encore une fois, la maîtrise du polo va de paire avec le prestige militaire. Une expertise en équitation est nécessaire et les bêtes, soumises à rude épreuve, doivent être robustes — des chevaux de guerre. Le maillet remplace la lance ou le sabre le temps du tournoi : il faut être habile pour pousser une petite balle à cette vitesse tout comme il faut l’être pour décapiter son ennemi.

Le bike polo, au contraire, est un sport né dans la rue. Plus rigoureux, les anglais précisent la nature du terrain dans son nom : hardcourt bike polo, le polo à vélo en dur, sur le bitume. Contrairement au polo qui est un sport prisé par la noblesse et démocratisé dans les palais, le bike polo vient du peuple. Il aurait été imaginé par des coursiers ou facteurs américains sur leur temps de pause, se distrayant avec le matériel qu’ils avaient sous la main : un vélo, des bouts de bois, une balle de hockey de rue. Dans les faits, rien ne dit que ces coursiers de Seattle aient eu une quelconque connaissance du sport original : ce n’est qu’après coup que, par une facilité de l’esprit prompt à se référer à ce qu’il connaît déjà par des métaphores, l’on a pu dire qu’il s’agissait du polo à vélo. Il est même tout à fait possible que ce sport de rue n’ait rien à voir avec le sport anglais populaire dans les années 1930, le bicycle polo, plus institutionnalisé.

Deux équipes, des vélos résistants dont les rayons des roues sont protégés par des disques peints, découpés dans du carton ou du plastique, des maillets de fortune, une balle sans réglementation particulière, des cages délimitées par deux pulls, une gourde et un paquet de clopes : la lutte peut commencer. Contrairement au cheval, le vélo est rigide et les mouvements ne sont pas aisés. En plus de la précision et de la vitesse, il faut de l’équilibre. Bien souvent, les chocs de métal et de bois finissent en gamelle, sans que les joueurs ne sachent bien si leur assaut a permis à leur équipe de progresser. Les sanctions ne sont pas clairement définies mais contraignent les joueurs : un pied sur une surface horizontale entraîne une interdiction de toucher la balle pour un certain temps. Et malgré tous ces handicaps, cette parodie populaire d’un sport élitiste est de plus en plus appréciée, s’organisant même depuis 2009 en ligues régionales. Et peut-être que dans quelques années, pendant Bourdieu par les pieds, le bike polo aura quitté le tarmac et la récup’ pour devenir le sport favori d’une élite vulgaire en mal de divertissement mondain.

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