L’amour au cinéma : chronique

L’amour au cinéma : chronique

Quoi de mieux que de parler d’amour ? L’amour qui unit un homme et une femme au premier regard, au premier sourire, au premier attouchement. L’amour et sa complication essentielle : le couple.

Le cinéma y revient toujours. Il s’accorde quelques trêves, bien entendu, mais on en revient toujours au point où un garçon aime une fille, et le contraire. Pour son amour on tue, on sacrifie, on ment effrontément, on avoue tout, on hurle à la lune ou l’on danse sous la pluie et finalement, on se met à nu. Car quoi de plus beau que d’aimer ? Quoi de plus beau que d’éprouver ce que tous rêvent d’éprouver un jour dans leur courte vie : le coup de foudre ? Le cinéma le sait bien, lui, que rien d’autre ne vaut la peine d’être vécu et que tous les combats sont vains face à celui du prince, qui brave tous les dangers pour conquérir le cœur de sa princesse. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, la fin tant attendue que le temps n’érode pas. Parce qu’elle n’est pas de ce monde. On ne le sait que trop bien… On chérit le mensonge.

amour au cinema

Vous l’aurez compris, le jour n’est pas arrivé où l’on gardera la noirceur au fourreau pour piaffer notre joie de pinson aux quatre vents. Laissons à d’autres le plaisir de chanter les louanges de décennies de comédies romantiques qui n’osent pas s’aventurer sur les terres moins charmantes de la réalité. Parce que l’amour ressemble moins aux jours heureux qu’à la nuit moribonde que Louis Calaferte décrivait en ces mots dans les pages de Septentrion : « Pine et con sont souverains de la nuit. Majestés lubriques régnant sous la même couronne d’anthracite étincelant. La nuit est constellée non pas d’étoiles cristallines, mais de gouttes de foutre acérées. Paillettes coagulées au firmament noir d’un cosmos testiculaire. La nuit flambe en silence. Dans la rue quelques passants, femmes et hommes, qui cherchent, qui hument le sexe. S’avancent à pas lents dans la rigole gluante de l’abattoir, leurs semelles grasses de sang. »

Comme toute histoire, l’amour s’écrit avant tout avec du sperme et du sang. Les belles lettres couchées à la plume sur une feuille parfumée à l’eau de rose n’en sont que les atours trompeurs.

La conquête

Toutefois, si nous voulons parler de ces rom com américaines qui constellent nos écrans de cinéma, évoquons seulement deux d’entre elles, qui traitent des prémices de l’amour. La première, vous la connaissez bien, il s’agit de Mary à tout prix. Si les frères Farrelly nous régalent de leur humour trash et tendre depuis maintes années – avec notamment Dumb and DumberFou(s) d’Irène ou Les Femmes de ses rêves –, s’ils connaissent un tel succès auprès d’un public hétéroclite, c’est qu’ils accordent grand soin à la réalisation de leurs épopées burlesques et ont donné des rôles inoubliables aux pontes de la comédie outre-atlantique que sont Jim Carrey et Ben Stiller. Dans Mary à tout prix, ce dernier cherche à retrouver la belle qui a fait battre son cœur dans son adolescence, incarnée par l’adorable Cameron Diaz.

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Mais passons sur le résumé du film, que vous avez certainement vu à travers le voile de vos larmes hilares et dont vous êtes ressortis avec un large sourire, pour en dégager le propos. Car, comme nous l’évoquions lors d’une précédente chronique, si Mary à tout prix brille par la qualité de ses dialogues, son avalanche de situations burlesques et ses acteurs en roue libre (grandiose Matt Dillon !), le fond de l’affaire est autrement plus noir. On a rarement vu dans un film du genre la cruauté des rapports amoureux traitée avec autant d’acuité, les protagonistes mâles rivalisant d’infamie pour emballer Mary, lui mentant outrageusement pour s’attirer ses grâces au mépris de ses désirs. Et lorsque le personnage de Ben Stiller finit par en prendre conscience et remet en cause son comportement, ce n’est que pour mieux élaborer l’ultime stratagème visant à faire de lui le preux chevalier que Mary désespère de trouver. Et, comble de l’ironie, ça marche !

couple amoureux sur un velo

La seconde est l’œuvre du génial Ricky Gervais (le papa de The Office et Extras) et s’intitule The Invention of Lying. L’histoire se déroule dans un monde semblable au nôtre, à un détail près : le mensonge n’y existe pas. C’est une idée simple et grisante, de celles que l’on aurait aimé avoir avant tout le monde. Cependant, Ricky Gervais la traite avec une intelligence admirable et l’on ne peut que se réjouir qu’il l’ait eue avant d’autres. À la manière d’Un Jour sans fin, qui épuise son sujet avec une délectation de tous les instants, le comique anglais explore toutes les facettes de cette formidable proposition, des plus jouissives – les formes que prennent le cinéma et la publicité dans un monde niant toute illusion – aux plus sombres.

L’athéisme salutaire de Ricky Gervais trouve ici sa plus belle incarnation lorsqu’il invente un au-delà à sa mère pour la tranquilliser dans son agonie dernière, une scène profondément émouvante dont découlent les péripéties hilarantes de la seconde partie du film. Mais son intelligence vient principalement du fait que le procédé demande au spectateur de remettre en perspective les propos tenus à l’ombre du mensonge, ou à la pleine clarté de son absence. La cruauté intrinsèque des échanges entre les hommes apparaît bien nette alors que les personnages sont incapables de communiquer autrement qu’avec franchise, quand a contrario on se laisse prendre plus d’une fois au jeu de l’émotion alors que les belles paroles sont souvent feintes – ce qui ne la rend que plus ironique ou déchirante. Oui, Ricky Gervais est grand et son film fait un bien fou, injectant dans le genre une intelligence mordante qui fait souvent défaut, sans pour autant se départir de sa tendresse et d’une note optimiste.

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Soudain le vide

Ainsi donc, c’en est fini des joyeusetés préliminaires, la belle est conquise. Restent à vivre une folle passion et l’édification du couple, dont les fondations malsaines garantissent d’annihiler l’ivresse des débuts par l’instauration de mornes mécaniques. On s’enchaîne l’un à l’autre. Et pour cimenter l’union stérile et ses rituels millénaires, on fait place à l’enfant. On assume l’accident, comme on peut, parce qu’il « faut bien ». Parce qu’on a toujours fait comme ça.

C’est le sujet de Blue Valentine, second long-métrage de Derek Cianfrance sorti en 2010. Porté par l’interprétation juste et bouleversante de ses comédiens, Ryan Gosling et Michelle Williams, le film raconte la désagrégation toute naturelle d’un couple banal, mettant en parallèle les premiers mois de leur rencontre et les derniers jours de leur vie commune. Il serait dommage de trop en dire à ceux d’entre vous qui ne l’ont pas vu, mais disons qu’il n’est pas sans évoquer Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, mais sur un mode plus naturaliste et finalement plus ambitieux.

Dans ce portrait intime et déchirant, comment ne pas reconnaître à travers les deux amants, qui après s’être promis de s’aimer malgré les épreuves sont usés et meurtris par le foyer quotidien, une représentation fidèle de trop nombreuses personnes de notre entourage, voire de sa propre tragédie ? Et l’enfant, cette alchimie supposée des deux éléments constitutifs du couple, pris au piège et dépassé par les conflits des adultes, ne fait plus office de lien solide entre ses parents. Il est bien malgré lui la source et la victime dernière de cet éclatement, un innocent présage du désastre.

Masculin(s)/Féminin(s)

Alors bien sûr, ce n’est pas très reluisant tout ça. Mais ne désespérons pas si vite, camarades, car la libération sexuelle a bien eu lieu et, si on l’a bien vite oubliée, elle n’en reste pas moins la solution à toutes les turpitudes amoureuses que les hommes connaissent. Jouissez sans entraves ! Mélangez-vous dans ce joyeux bordel à ciel ouvert qu’est notre belle planète ! Le sexe est un bien universel et partagé entre tous, et il ne saurait s’embarrasser de frontières autres que textiles ! C’est en substance ce que clame Extension du domaine de la lutte, de Philippe Harel, brillante adaptation du roman éponyme de Michel Houellebecq que nous vous recommandons chaudement. Comment ça c’est tout le contraire ?! Enfin de toute façon, ce n’est pas le sujet. Peut-être y reviendrons-nous dans une prochaine chronique, mais c’est un tout autre film que nous tenons à vous présenter pour conclure celle-ci.

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salle de cinéma

En 1973, Jean Eustache cloue les festivaliers cannois à leurs sièges. Le Grand Prix Spécial du Jury sera décerné à La Maman et la putain, une récompense à la hauteur de ce choc sans précédent. Long de 3h40, tourné dans des décors réels – des rues et des cafés bruyants aux appartements miteux de la capitale – avec une technique minimaliste, le film suit les pérégrinations amoureuses et les troubles existentiels d’Alexandre, incarné avec fougue par le légendaire Jean-Pierre Léaud, confronté à des femmes qu’il peine à comprendre, tout spécialement Veronika et Marie (Françoise Lebrun et Bernadette Lafont), entre lesquelles il lui faudra choisir après une tentative infructueuse d’amour à trois. Mais se borner à résumer l’intrigue en ces termes serait affreusement réducteur.

La Maman et la putain, c’est d’abord des heures de dialogues enflammés, habités, dont l’écriture ne connaît pas d’équivalence, dont chaque phrase donne lieu à un éclat de rire, un sanglot, un étonnement soudain ou une profonde réflexion. Les mots transpirent la sincérité de leur auteur, ne se lassent pas de plonger dans le trouble le plus inquiétant, qu’ils se veuillent solaires ou assassins, et laissent sur le carreau spectateurs et acteurs du drame dans un final déchirant. C’est une expérience unique, un film nécessaire, témoin désespéré de son époque, qui vomit la France d’après Mai 68 et son voile de fumée libertaire. Jean Eustache ne croit pas aux vaines promesses et fait feu de l’amour. Jean Eustache sait que les hommes ne sont pas libres, jamais et par essence. Il se suicidera à Paris en 1981, d’une balle dans le cœur, laissant derrière lui en héritage une œuvre morcelée et l’un des plus beaux films de tous les temps.

P.-S. Ironie du sort, son cafard puant de fils cupide fait tout pour que nous ne puissions pas voir ou revoir le film à l’envie, dans les salles ou en vidéo. Si Tamasa Distribution projette d’éditer une intégrale de son œuvre, elle était initialement prévue pour l’automne 2012 et s’est vue reportée à fin 2013. Mais comme rien n’est certain, nous vous invitons à regarder le film sur la Toile (par le biais de la vidéo insérée dans l’article) ou en vous le procurant par des voies alternatives…

Source : Jolie Bobine

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